« Quand t’es dans le désert » – Jean Patrick Capdevielle

Nous avons débarqué à Dubaï le mardi 22 mars à 23.45h

Direction la villa que Raphaël avait trouvé à Damac Hills 2. C’est un quartier de villas, éloigné dans le désert. Tranquille, mais avec toutes les commodités: un parc, un supermarché, des restaurants, un vétérinaire etc..

Nous voilà donc arrivés à destination, le chat nous sera livré dans la nuit vers 3heures du matin.

Difficile pour lui de prendre ses marques. Pour nous aussi.

Depuis ça va mieux! 🙂

La première semaine fut très difficile à passer. Je pleurais souvent.. ceux qui vous disent qu’on quitte tout, les doigts dans le nez, vous mentent. Je pleurais sans raison apparente. Les larmes coulaient comme ça. Mais de quoi pouvais-je me plaindre? J’habite à Dubaï, le rêve de plein de monde. Pourtant, quitter ses parents, ses amis et sa maison ce n’est pas facile. Encore moins quand 2 jours plus tard, Stella tombe malade et nous fait de la fièvre durant 2 jours à 39° avec des vomissements.

La petite mine

Je tiens bon. J’ai voulu venir et je ne vais pas me laisser démonter à la moindre difficulté. Et je pense, surtout, que le fait d’accepter tout ça, de ne pas lutter rend la chose plus facile à surmonter.

J’ai expliqué à Stella que j’avais besoin de pleurer parfois, que ce n’était pas grave, que c’était mon moyen de lâcher la pression. Nous avons fait un choix qui allait être difficile, on le savait, mais on doit être tolérant avec nous-même. Il faut apprendre à ne pas serrer les dents, mais relâcher la mâchoire plutôt, (L’image n’est pas très jolie mais elle est parlante), je trouve que c’est mieux.

On a donc laissé le temps passer, les pleurs se sont estompés, Stella s’est remise sur pieds. On a commencé à apprécier cette nouvelle vie.

Pour ma part, je savais exactement ce dont j’avais besoin pour aller mieux. C’est l’avantage d’avoir fait 4 ans de thérapie (Avec un psy génial) et d’avoir 45 ans! Je savais donc, qu’il fallait que ma tête travaille. Pas question de rester sans rien faire. Découverte, découverte, découverte. J’ai toujours fonctionné comme ça.

Direction l’expo 2020…….

« Le plus difficile » – Jacques Dutronc

Plus de 6 semaines sans écrire sur le blog. Ce n’est pas faute de n’avoir rien à dire, rien à raconter.  C’est juste que cela nécessitait que je pose mes fesses devant un écran et que je n’en ai pas eu le temps! 

Je pense que ce changement de vie est la chose la plus difficile que j’ai eu à faire dans ma vie. Émotionnellement et physiquement.

Pendant ces 6 semaines, Stella a quitté l’école. On voulait lui organiser une fête pour dire adieu à ses amis. Le thème étant Harry Potter, je me suis mise en chasse shopping pour dénicher les meilleures idées. Le 18 février nous avons donc inviter 10 copains pour faire la fête. Une journée de préparation pour décorer la salle. Une soirée pour tout défaire et ranger.. On a plus 20 ans! 

Mais le plus difficile c’est de trouver un logement sur place à Dubaï. Comme nous ne partons pas en expat’ nous devons tout faire nous-même. Notre énergie est donc mise à rude épreuve. Il faut trouver un logement et pas évident la location mensuelle dans un pays où les gens ne font qu’acheter ou louer par an. Nous devons trouver une école pour Stella, recevoir tous les papiers de l’école ici afin de traduire les documents. Et bien entendu il faut faire les papiers pour l’Emirates ID qui correspond à un visa longue durée. Pour l’obtenir, il faut passer une visite médicale, faire les empreintes etc.. ensuite attendre la procédure. Pendant ce temps, impossible d’appliquer pour un job. C’est donc un peu le serpent qui se mord la queue, car sans job, pas de vision pour se projeter.

En quête de ce logement je passe mes journées sur les sites de location. Un enfer! Je trouve de supers appartements ou maisons, mais à chaque fois, soit c’est déjà loué, soit ils proposent autre chose mais de pourri! La croix la bannière cette recherche pour une location de 3 mois!

Pendant ce temps, je dois arrêter mes cours d’histoire de l’art. Mais je souhaitais organiser une exposition pour mes élèves. Me voilà donc encore à organiser un événement alors que je suis dans les cartons et l’angoisse d’un logement. 

Heureusement la soirée était un succès et mes élèves ont quasiment vendu toutes leurs toiles. Cela m’a mis du baume au coeur.

Un élément à tenir en compte dans notre processus de déménagement, c’est notre chat: Cookie. Je l’aime bien, mais je dois reconnaitre que là, je pourrais écrire un bouquin sur l’aventure de transporter un chat à Dubaï. Je vois déjà la couverture du livre: un cookie, lunettes de soleil, me narguant!

Voilà qu’en appelant le vétérinaire pour avoir tous ses papiers et lui faire son passeport, nous apprenons que notre chat n’est pas vacciné contre la rage. Ce n’est pas obligatoire pour le canton de Vaud! On découvre cela naïvement. Nous étions persuadés qu’il avait tous les vaccins et surtout celui de la rage. Il faut donc le lui faire, mais problème, car il doit incuber pendant 3 semaines. Notre départ du 7 mars est donc compromis. Sans départ, on ne peut pas avancer sur le processus pour l’obtention de l’Emirates ID.

Nous devons prendre une décision. Raphaël va partir seul. Je reste pour le chat. Si on m’avait dit que j’allais devoir sacrifier 2 semaines pour lui… j’aurais rigolé. Là je ris jaune.

Nous arrivons finalement à trouver un appartement à la Marina, un super quartier très animé de Dubaï. Nous l’avons trouvé sur AirBnB. Un loyer conséquent, mais au moins nous sommes bien situés, et on se réjouit de commencer notre vie la-bas. Raphaël arrivant le premier, il pourra déjà installer certaines affaires.

Le matin de son départ, il est à l’aéroport lorsqu’il m’appelle et me dit que la logeuse d’AirBnB à qui nous avions déjà versé le premier loyer vient de lui dire par sms qu’elle avait loué notre appartement à quelqu’un d’autre!

Raphaël est donc sur le point d’embarquer et le voilà, nous voilà, sans logement à quelques heures de l’arrivée. Tsunami. Il faut donc contacter AirBnB pour être remboursé, il faut trouver un hôtel dans l’urgence. Je gère.

Après avoir fait 3 hôtels différents pendant une semaine, il trouve finalement notre maison.

On commence à voir le bout du tunnel!

Pendant ce temps, j’occupe Stella, je gère la maison et le déménagement. Pas facile de vider une maison de 3 étages, avec plus de 25 ans de vie commune. ET puis toutes mes décos! Ceux qui savent comprennent! 🙂

Mais on continue, tête baissée. Il faut de la résilience. Il a fait son médical check. Il a fait sa prise d’empreintes, On avance, on avance.

C’est sans compter ce qui va nous arriver encore…..

Les appels avec Raphaël sont journaliers:

Il faut que l’on mesure les carreaux de la grille de la cage du chat. Les centimètres ne correspondent pas pour la compagnie aérienne.

Il faut faire une photo du chat dans la cage et à côté de la cage.

Ha et que dire du PCR à 300 frs qu’il faut faire à Cookie!

Je commence à croire que ce déménagement ne se fera jamais! Que va t’on nous demander ensuite? La longueur de sa queue, son nombre de dents?! Je n’en peux plus.

J’arrive enfin à bout des valises. J’en ai fait 12, dont 6 qui partiront en cargo.

Je ne sais pas encore ce que cargo signifie. Je l’ai appris hier soir. A mes dépends. Un email de swiss cargo qui me dit que je dois mettre UNIQUEMENT des habits dans les valises qui partent en cargo. Aucun parfum, aucun accessoires, aucun vernis à ongles. Je suis bonne pour tout refaire. ET cerise sur le gâteau: Il faut faire la liste des effets personnels et noter leur valeur! C’est vrai, je n’ai que ça à faire!

Quand tout cela va t’il s’arrêter? Je n’en ai pas la moindre idée.

Aujourd’hui, il me faut donc refaire mes 12 valises. Ha et j’ai oublié de vous dire que l’entreprise qui devait nous changer nos fenêtres il y des semaines vient à midi pour les changer! Bref….

Dans ce contexte, j’ai aussi réussi à me bloquer le bassin. J’ai donc souffert le martyre tout au long de ce processus. Certainement de la somatisation me direz-vous. Oui je pense bien….

Qu’il aurait été agréable de partir en expat’ en mettant des post it sur les meubles à prendre pour les déménageurs! Avec tout les soucis qui auraient été géré par une société. Mais non! Nous, nous partons à l’aventure, avec tout à faire nous-même, dans un pays hors UE, hors espace Schengen , avec tous les désagréments des papiers à faire et à comprendre .

Je peux vous dire qu’il faut rester zen. Etre solide. Avoir un résilience de tous les instants. J’ai envie de dire: Avoir les reins solides…tiens c’est peut-être pour ça mon mal de dos…..

A suivre…..

« J’en ai marre »- Alizée

Ce soir je n’en peux plus. Je suis à bout.

Je pense que cela est normal et arrive à toute personne qui doit déménager.       On en voit pas le bout… Enfin, ce soir, c’est vrai je suis épuisée.                          Après une journée de tri dans la salle de jeux de Stella (et croyez moi c’est pas une petite salle de jeux!) , il faut encore que je cours acheter le nécessaire pour la fête qu’elle veut organiser avec ses amis. Oui, elle veut dire au revoir à ses amis proches et nous avons décidé d’organiser cela le vendredi 18 février. Le thème: Harry Potter. Il faut donc que je trouve les assiettes, nappes etc.. je vais donc faire les magasins entre deux sacs poubelles à trier.

En rentrant, il faut que je pense à demain: C’est son dernier jour d’école.             Ça va être chargé en émotion. J’avais prévu qu’elle offre des sacs de bonbons à ses camarades mais franchement je dois avouer, je suis pas une mère parfaite et je n’ai pas trouvé le temps…  En plus je dois imprimer les invitations, car elle doit forcément les donner en classe demain puisqu’ensuite elle n’y va plus.

Donc vite, les créer, les imprimer, les découper et les préparer pour qu’elle ne les oublie pas demain.IMG_6346

Il a fallu réserver l’hôtel pour Paris, car oui, c’est l’anniversaire de mon mari dans une semaine et j’ai prévu un joli week-end la-bas. Environ 2 heures sur booking pour trouver une chambre assez grande pour nous 3 et qui ne nous coute pas un bras. 

Bien entendu je continue de travailler sur ChicKids.ch il a fallu aussi s’occuper du site internet, des labellisés etc.. (Non je n’ai pas de clone! Mais j’en rêve)

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Ce matin, les voisins nous ont prévenus que demain nous n’aurions pas d’eau car la canalisation devra être arrêtée. Il faut donc vite se laver aussi ce soir les cheveux, hop hop hop! 

Mais quand je croyais avoir atteint le summum de fatigue de la journée, vers 18.30h, je découvre Stella qui s’est fait un masque dans la salle de bain.. elle l’a mis à l’envers sur la peau! Ça mousse mais sur l’extérieur du masque. Sans patience je lui dit d’aller l’enlever immédiatement et de le rincer.  Mais c’est sans compter la flaque d’eau qu’elle me laissera dans la salle de bain. 

Là, j’avoue… j’ai prononcé cette phrase :

 » J’y arrives plus, on va rester là! On ne part plus! »

                                                                                                               Isabelle 

« Comment je vais faire » – Hoshi

Ok, on veut partir mais dans les faits, comment est-ce qu’on fait?  Franchement je n’en sais rien! Je n’ai connu que deux déménagements dans ma vie et on peut dire qu’ils étaient restreints à la ville de Lausanne!

Est-ce qu’on met nos affaires dans un garde-meubles? La plupart des gens ayant utilisé ce genre de box nous le déconseillent. Soit les affaires s’abîment, soit on oublie ce qu’on y a mis.

Personal storage unit

On décide donc de ne pas opter pour cette option. On emporte tout? Quand on découvre le prix des containers qui transporteront nos meubles…heu…comment dire?! Non merci! Et puis il faudra les attendre minimum 2 mois.

Alors? Hé bien, je suis allée faire un tour sur les sites de meubles des Emirats. Et j’y ai trouvé tellement de belles choses. de beaux meubles dont j’ai toujours rêvé. Et qui coûteront à peine le quart d’un transport en container de nos meubles.

Bonne solution: J’ai de nouveaux meubles et j’économise! Hahaha! Oui, c’est un peu facile comme façon de penser, mais pourquoi toujours vouloir compliquer les choses! En plus, j’ai plein d’amis qui reprennent avec plaisir nos meubles et nos décorations! Ainsi tout le monde est content et pas de prise de tête!

Le gros du déménagement sera donc le transport de mon dressing ( Et c’est pas peu dire je vous le garanti…ayant travaillé dans la mode pendant 10 ans.. j’ai accumulé pas mal de « pièces » dont je ne peux me séparer!) IMG_6199

Il faut commencer à faire du tri… la salle de jeux de Stella, mon dressing, 25 ans de papiers familiaux en commun, et surtout mes décorations! Car oui, je suis une fana d’Halloween, Pâques, Noël etc.. j’ai des cartons et des cartons de décorations! Impossible de partir avec tout!

Alors on trie, on vend, on donne, on jette… je ne réalise pas encore que l’on va partir mais ça fait du bien de faire ce grand nettoyage. Franchement, on aurait dû le faire depuis longtemps! (Même sans partir!)

Et sur place? Une maison? Un appartement? Après moult tergiversations, nous nous décidons pour une petite maison que nous allons louer.

L’école? Visites en virtuel depuis ici pour voir laquelle plaît le plus à Stella. On opte pour une bilingue. On ne se voit pas la mettre directement en cursus anglais. Elle quitte déjà sa famille, ses amis, son école, ce n’est pas sa langue, il faut tout de même un temps d’adaptation. On aime beaucoup leurs écoles privées qui proposent des ateliers, des cours très inspirants. Pour une école privée à Dubaï il faut compter entre 10’000 et 20’000 frs par année, souvent payée par l’employeur.  On hésite toujours entre deux, mais il ne faut pas tarder car il y a des listes d’attente.

SWISS-SCHOOL

Je résume: trouver une maison, trouver une école, vider notre maison, trouver de nouveaux meubles ….

Et accessoirement, l’essentiel: décider d’une date de départ, dire au revoir à tout le monde.(le plus dur)

Isabelle

« Nos coeurs à la fenêtre »- Lara Fabian

Pandémie, un mot que nous n’utilisions JAMAIS. Mais vraiment jamais.

Et puis le vendredi 13 mars 2020 c’est devenu notre mot de 8 lettres le plus obsessionnel.

Ce jour là, Stella n’ira plus à l’école pendant 3 mois.

Ce jour là, Raphaël travaillera depuis la maison pour une durée indéterminée.

Ce jour là, notre vie va changer.

Je me prends à aimer cette vie au quotidien.

Au vue des souffrances que cette maladie est en train de générer dans le monde, j’ai un peu honte de dire que c’est une bulle enchantée.

J’adore faire l’école à la maison. Stella aussi ça tombe bien!

On a une chance folle, il fait incroyablement beau, nous avons un grand jardin, on vient de finir d’importants travaux sur notre maison, permettant à Raphaël d’avoir son étage pour faire du télétravail. Pour nous, cet arrêt de vie sociale est une chance.

C’est un moment qui nous permet de réfléchir à nos vies, à nos buts. Où en sommes-nous? A respectivement 43 et 45 ans on se dit qu’on ne peut plus se permettre de dire:

« on fera ça plus tard ».

Et si il n’y a pas de plus tard? L’épée de Damoclès on l’a perpétuellement au-dessus de la tête, mais là, on la voit! On la sent!

Avec cette pandémie cela déclenche au sein de notre trio une prise de conscience: Ne peut-on pas vivre autrement? Vivre une vie qui nous rempli pleinement? Qu’est ce qu’on risque à découvrir le monde? Doit-on absolument suivre le chemin de l’école?

Et si finalement il y avait plein de routes devant nous mais que nos oeillères nous faisaient marcher uniquement sur le « droit chemin ».

Et puis, après une année où tout ceci mûrissait de manière différentes chez chacun de nous, Raphaël a eu une opportunité folle: Une fenêtre s’est ouverte.

Une fenêtre professionnelle qu’on attendait pas, même si je reste persuadée qu’il n’y a pas de hasard dans la vie!

Tout à coup on se prend à rêver: On pourrait partir? Oui, c’est vrai, mais personnellement je n’ai jamais voulu le faire, pu le faire. Je ne voyais qu’un seul chemin. Et puis, je ne me voyais pas quitter mes parents. Comment partir en laissant une vie construite ici.

Celles et ceux qui me connaissent depuis longtemps savent que nous avons traversé tellement de choses.

I-M-P-O-S-S-I-B-L-E de partir.

Mais c’est sans compter notre determination et une résilience que nous avons acquise durant cette année de pandémie (ha ce mot!)

Du coup, pourquoi ne pas vivre l’expérience d’une destination ensoleillée?

Cette fenêtre s’est ouverte, que fait-on de ça? On prend cette chance? C’est maintenant où jamais! Il vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets. On prend cette fenêtre ouverte qui nous apporte un vent de fraîcheur.

Dubaï s’est imposée à nous comme une évidence. Pour une entrepreneuse comme moi, c’est le rêve, des idées et la possibilité de les mettre en place.

Pour Stella, c’est surtout l’apprentissage de l’anglais qui la motive et tous les sports praticables sur place.

Raphaël lui, y voit une opportunité d’investir et une vision plus globale de son travail. L’idée de tant de possibilités est grisante.

C’est sûr: on s’installe à Dubaï.

Isabelle